17/01/2010

Le nouveau siècle par Plumedeter

 

LE NOUVEAU SIECLE

 

En ce temps là

on avait depuis longtemps oublié

les pianos mécaniques et les trains à vapeur

 

Les poubelles de l'Histoire débordaient

de choses périmées

et pour les idées,

le sang des martyrs

de toutes les causes perdues s'était asséché

en même temps

que les coeurs et les consciences.

 

Les hommes vois-tu

avaient perdu le sens de la mesure

et en même temps

le goût de la lutte,

de la gloire

et même aussi de la fête.

 

En ce temps là,

les barbares avaient gagné toutes les batailles

et les dieux portaient des noms étranges

sonnants et trébuchants

comme yen, euro ou dollar.

Les cris de l'espérance

avaient été pulvérisés

dans les centres commerciaux

au milieu du concert quotidien

des sonneries des téléphones mobiles.

 

La foi, vois-tu ami, avait changé de camp.

 

Qui se souviendrait bientôt

des prolétaires

et des foules grondantes qui hantaient

les rues des villes

pour dire la colère?

 

En ce temps,

on ne gardait plus pour demain

les miettes du pain du jour

et l'eau sous la douche

coulait à flot sans retenue.

Tandis que la banquise s'effondrait

en silence

et qu'on célébrait les victoires au Fouquet's

des murs de Berlin reprenaient

forme dans les esprits,

des murs d'incertitudes et de crainte,

des patries putrides

pour esclaves volontaires.

 

De l'ancien siècle

ne resteraient bientôt que

les murmures des révoltes,

des reliques de folklore

reléguées au rebut,

comme des pages déchirées  du grand livre du monde.

 

En ce temps là,

les mots eux aussi

avaient atteints leurs limites

et se noyaient sans espoir

dans les logorrhées du commerce en ligne.

 

Et l'amour

l'amour autrefois seul bagage

pour ne pas perdre le sens

l'amour se négociait sur écran.

 

Oui, les hommes avaient perdu le goût

et les quelques-uns

qui parlaient encore

de fraternité, de justice et de tolérance

étaient la risée du monde,

des archaïques en mal d'autrefois,

des anti-modernes,

des pauvres types.

 

En ce temps là,

on ne prenait plus le temps de vivre,

on vivait son temps

au rythme du CAC40,

des choses à consommer

et des misères à venir.

Des légions de chômeurs jetés sur le bitume

alimentaient la chronique

quotidienne des médias férus

de sujets vendeurs

et la doctrine politique

n'en finissait plus de se noyer

dans ses mensonges.

 

Le nouveau siècle,

tant vanté par les rédacteurs patentés

de la presse moderne,

ces lèche-bottes repus de fatuité

et professionnels de la condescendance,

sonnait comme le triomphe du capital

sur le peuple,

et les jours que l'on pouvait

voir poindre sur l'horizon défait

ne plaidaient pas pour la joie

et un avenir meilleur.

 

En ce temps là

la distance parcourue

sur le chemin de ma vie

était dépassée de moitié

et je regardais avec nostalgie

toutes ces années écoulées,

toutes ces années d'amour,

toutes ces années de travail,

toutes ces années d'espoir,

toutes ces années de batailles,

toutes ces années...

pour en arriver là.

 

 

PLUMEDETER

source: outrerêve.com

 

 

 

 

 

11:45 Écrit par jim dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Très très beau texte. Et véridique...
Carine-Laure desguin

Écrit par : carine-laure desguin | 26/01/2010

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Je rejoins ma collègue en écriture, Carine-Laure.. Quelle force derrière ces mots -très- vrais !
Merci

Écrit par : Kate | 04/02/2010

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